Marché de gros de fruits et légumes de Boufarik: «On patauge entre argent et boue»

Malgré les milliards de centimes qui y circulent chaque jour, les lieux sont dans un état déplorable.

Datant de l’ère coloniale, voire même de l’époque ottomane, le marché de gros de fruits et légumes de Boufarik est considéré comme le plus important d’Algérie (7 hectares). Il était 7h, en cette fin de décembre. Il faisait presque nuit, et déjà la plupart des camions, petits et grands tonnages, étaient sur le chemin du retour pleins de différents produits (fruits, légumes, olives…). Une fois à l’intérieur, le visiteur  est frappé par un décor des plus affligeants : des fruits et légumes pourris jonchent le sol et des odeurs nauséabondes s’en dégagent. Des milliards de centimes sont brassés chaque jour que Dieu fait en ces lieux, mais ces derniers sont dans un état lamentable. En hiver, il suffit de quelques millimètres de pluie et tout le monde, clients, commerçants et visiteurs, patauge dans une la boue.

Des charrettes sont tirées par des ânes, c’est le moyen de transport utilisé pour déplacer les tonnes de marchandises achetées tôt le matin vers les camions. Ces charrettes stationnent anarchiquement à l’extérieur du marché, vu l’inexistence d’une aire de stationnement. Elles sont souvent la cause de beaucoup d’accidents, vu l’exiguïté de la chaussée boueuse et accidentée. Le marché est sous le joug des spéculateurs et de certains mandataires malveillants. Ces derniers occupent tous des baraques métalliques appelés «carreaux». On dénombre 91 carreaux de 32 m² loués à 6000 DA le mois, et 178 emplacements couverts de 24 m² loués à 5000 DA mensuellement.

Ces droits de place sont payables par trimestre et d’avance par tous les mandataires, qu’ils soient en activité ou pas. La plus grande partie des recettes provient aussi des droits d’entrée au marché des véhicules (légers ou lourds). Pas plus de 500 à 800 entrées de camions par jour ; le prix varie de 400 DA à 2600 DA. La sécurité du marché est assurée par des agents appelés «régulateurs». Ils sont au nombre de 12, six agents le jour et six autres la nuit, ce qui est très insuffisant pour un site pareil. Ce personnel est recruté dans le tas sans aucune formation pour d’éventuelles interventions à l’intérieur ou aux abords du marché. Le marché est le lieu de tous les négociants de fruits et légumes du pays, tous les matricules s’y trouvent, même ceux du Sud (Biskra, Timimoune, Ghardaïa).

«Nous sommes toujours confrontés à beaucoup de problèmes au niveau du marché. Vous voyez la boue, c’est comme ça durant toute la saison hivernale. On n’a pas d’éclairage, on demande la révision du nouveau cahier des charges qui n’est pas conforme et n’est pas au profit des locataires des carreaux. La prévention contre les risques d’incendie y est défaillante. En août dernier, 8 carreaux ont pris feu. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu encore d’indemnisation. On demande aussi l’ouverture de cinq portails qui font office d’entrée et sortie du site, car les deux qui sont fonctionnels sont insuffisants comme ouverture, et ce, vu le nombre de véhicules qui sillonnent les lieux quotidiennement. On souhaite également que ce marché soit bitumé et mieux éclairé», insiste Lecheheb Toufik,  président du syndicat des mandataires de Boufarik.

Ce que prévoit l’APC de Boufarik

«On a dégagé une enveloppe de plus de 2 milliards de centimes pour la réhabilitation partielle des artères principales du marché. Il y aura donc le goudronnage du site, la réfection des trottoirs et l’éclairage. L’entreprise ayant obtenu le marché débutera ses travaux très prochainement», a déclaré le P/APC de Boufarik. Et dans un autre contexte, il ajoute : «On compte déplacer, dans le futur, le marché de gros vers un site jouxtant ce dernier, afin que son assiette serve à construire de multiples édifices indispensables aux citoyens.»
Avec la location du marché de gros qui est de l’ordre de 45 milliards de centimes par trimestre, la ville de Boufarik ne pourrait être qu’une rose dans un jardin d’épines ! 
                                           

Source: El Watan du 28 decembre 2014

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